COMBATS DANS LA CITADELLE D'HANOI


Rapport du
Cdt JACOBI
Rapport de
l'ADC MAILLOT


Un autre témoignage concernant la défense du sous-quartier A par le capitaine LASSALLE, Commandant de la Compagnie de Commandement n°1 du 9ème RIC. Comme le témoignage du chef de bataillon JACOBI, celui-ci mentionne mon grand-père, le lieutenant MILLOUR.

Annexe 3 : Rapport du Capitaine LASSALLE, Cdt de la Cie de Commandement n°1 du 9ème RIC

Objet : Attaque de la Citadelle dans la nuit du 9 mars

Mission de l’unité en cas d’attaque :

Fournir au Poste de Police : l’Adjudant, chef de section, une pièce de 25 mm et son personnel, un personnel réduit de Commandement. Composer avec le restant de l’unité un groupement de réserve du S/Quartier 9ème RIC. Fournir deux postes radios et personnel.

Situation de l’unité au déclenchement de l’alerte :

Officiers présents : 2
-  Lieutenant PONS, Adjoint au capitaine OMESSA de permanence,
-  Capitaine LASSALLE, Cdt de Cie. A rejoint de l’extérieur à 9 heures.
Sous-officiers présents : 12
Hommes de troupe Européens présents : 27
Personnel tué au cours de l’opération : 4
-  1 Sous-officier,
-  2 Soldats,
-  1 Tirailleur ;
Personnel blessé au cours du combat : 21
-  1 Officier,
-  8 Sous-officiers,
-  8 Gradés et Hommes de troupe,
-  4 Tirailleurs ;
soit en 20 heures de combat 50% de l’effectif total européen de l’unité mis hors de combat.


Ordres donnés, PC successifs du Cdt de Cie

Dès mon arrivée à 21 heures, vérification au magasin de la distribution des armes, de toutes les munitions d’armes individuelles.

Je me rends au Poste de Police et vérifie la mise en place de la section, du personnel et munitions du canon de 25 mm.

Je prends contact avec le commandant ABEILLE, le commandant JACOBI, le capitaine OMESSA.

Retourné au PC tranchées de la porte Sud – Bâtiment de la CDT.

Ordres donnés :

  1. Au sergent de semaine : Regroupement de tout le personnel indochinois conducteur dans les tranchées face à la porte Est et à la porte Sud.
  2. Au sergent BAGNY, chef du groupe de 81 mm : Laisser le matériel sur place sous la garde d’un Européen. Venir se grouper dans les tranchées de la CDT. Des tirs de mortier de nuit préparés sur les principaux carrefours et places de rassemblement de la ville avaient été réalisés 15 jours auparavant.
  3. Ordre est donné de recompléter les munitions individuelles par prélèvement sur les munitions de la SM sur bandes.
  4. Visite des postes radios.
A 22h30, sur ordre du commandant JACOBI, envoi d’une corvée de ravitaillement : 1 sous-officier, 10 hommes au Poste de Police. Munitions prises dans les munitions du TCI du Bataillon.

A 23h00, remplacement des 2 servants du canon de 25 (blessés).

A la même heure, transmission au lieutenant PONS pour confirmation de l’ordre de défense de la porte Sud. Le lieutenant PONS a été visité lors de mon arrivée. Ordre est donné d’éviter la panique au feu. Interdiction de tirer sans mon ordre.

A 24h00, désignation d’une corvée de ravitaillement en munitions pour le personnel défendant la muraille du Poste de Police : 1 sous-officier, 20 hommes. Munitions prises au TCI du Bataillon.

A 0h30, les éléments de l’unité sont regroupés :

  • Constitution d’une section type FV avec le personnel de la SM et des conducteurs sous le commandement de l’adjudant-chef LAUER qui a rejoint l’unité après avoir détruit les papiers secrets du I/9ème RIC.
  • Constitution de 2 groupes de combat type FV avec le personnel du groupe 81 mm, du personnel de commandement, sous le commandement du sergent-chef MORAND.

L’unité ne possédant pas de FM (à l’exception du FM 24 de la chenillette), les armes automatiques sont les suivantes :

  • 1 FM 24 avec la dotation de munitions réglementaires (chenillette),
  • 1 FM Hotchkiss récupéré,
  • 2 mitrailleuses sans affût remplissant sur le parapet le rôle de FM.

Le calme régnant à la porte Sud, déplacement de ces deux unités constituées dans les tranchées Nord de la CP. Organisation d’un point d’appui fermé.

Ordres donnés aux deux chefs de section :

  1. Section LAUER : Défendre sans esprit de recul les abords des écuries, 1ère et 2ème Cies, CDO, Mess des sous-officiers et bibliothèque.
  2. Section MORAND : Défendre sans esprit de recul l’accès du stade, les abords des bâtiments du Colonel, des 1ère et 2ème Cies.
  3. Ordre est donné de recompléter les munitions individuelles par prélèvement sur les munitions de la SM sur bandes.
A 1h15, ordre reçu de renforcer le Poste de Police par 1 sous-officier et 15 hommes. Ordre exécuté.

A 1h30, ordre reçu d’envoyer tout le personnel disponible aux créneaux (muraille porte Ouest du Poste de Police, commandant JACOBI). Ordre exécuté.

Le Commandant de Compagnie porte son PC à la Salle de Service du 9ème RIC (2 agents de transmission). Visite du Poste de Police. Visite du secteur du mur attribué aux sections LAUER et MORANT. Organisation du service de ravitaillement en munitions. Corvée de 1 sous-officier et 20 hommes envoyée au Parc d’Artillerie pour y chercher des munitions de 8 mm.

Le Commandant de Compagnie restera aux abords du Poste de Police et à la Salle de Service jusqu’à 5 heures 30. Le capitaine OMESSA lui a demandé de le remplacer dans son commandement de 2 heures à 3 heures ; le capitaine OMESSA est alors dans son bureau de Commandant de Compagnie (bâtiment de la CP).

Le lieutenant MILLOUR est dans la Salle de Service et fait désempaqueter des munitions d’armes automatiques envoyées.

A 5h15, les éléments défendant le Poste de Police ont quitté la muraille et sont dans les tranchées à proximité et à hauteur de la Salle de Service. La section MORAND se trouve dans le mess des officiers et aux abords des locaux disciplinaires. Une brèche a été faite par les Japonais dans le mur et près de la porte Est. Infiltration des Japonais (bureau du Colonel).

A 5h30, une grenade à main est lancée par les Japonais dans la Salle de Service du 9ème RIC dans laquelle je me trouve avec le lieutenant MILLOUR. Sortie du bâtiment. Un agent de transmission est envoyé aux sections LAUER et MORAND pour leur préciser que le PC du Commandant de Cie est dans les tranchées aux abords du stade et du réfectoire européen (Sud-Est de la CP). Il est de nouveau pris contact avec le capitaine OMESSA. Il lui est précisé que le bâtiment du Colonel est pris par l’ennemi, il lui est rendu compte des ordres donnés.

Décisions du capitaine OMESSA :

Essai de regroupement des éléments refoulés dans les tranchées Sud-Est de la CP. Cette opération se révélant irréalisable, cloisonnement de la défense à l’aide des éléments disponibles du DMH, AM et chars faisant barrage de feu devant le GAT, chenillettes défendant la face Sud du 4ème RAC.

PC à ce moment sur la route Nord-Sud de la Citadelle légèrement au Nord des ateliers du 1er degré. Renforcements successifs de cette disposition à l’aide d’éléments d’infanterie recueillis et regroupés.

Le jour se lève, le lieutenant PONS a quitté le commandement de la porte Sud et remis le canon dont il avait la disposition au 4ème RAC. Le commandant JACOBI a aiguillé un groupe de FV sur la face de l'Intendance. Le lieutenant PONS est en appui du lieutenant PETIT, Quartier LISLE, avec un groupe de FV. Dès qu’il commence à faire clair, la constatation peut être faite que le bâtiment de la CDT est occupé et que des infiltrations de tirailleurs ennemis se produisent par le jardin potager du 4ème RAC. Par contre, le bâtiment de la CP n’est pas pris. Le capitaine OMESSA déclanche aussitôt une contre-attaque qu’il dirige avec une vingtaine d’hommes et le DMH. Les lieutenants MILLOUR et BIDEAU partent avec lui. Je reçois l’ordre de prendre le commandement des éléments restant sur la route Nord-Sud, une trentaine d’hommes, et d’appuyer ce mouvement en direction de la porte Sud.

Les résultats suivants sont obtenus :

  • Récupération par le groupement OMESSA du bâtiment de la CP et du réfectoire des Européens,
  • Progression jusqu’au GAT et liaison assurée par le lieutenant PONS au GAT et aux abords de la Compagnie Auto par le groupement LASSALLE.
Jusqu’à 16 heures 30, des actions offensives sont menées en permanence. Le commandant JACOBI est blessé à mes côtés ainsi que le lieutenant PONS.

A 16 heures 30 une sonnerie de clairon est entendue. Le lieutenant-colonel LACOMME passe précédant un drapeau blanc. Le commandant JACOBI donne l’ordre de cesser le feu. Les soldats sont nerveux et ce n’est qu’avec beaucoup de peine que l’ordre est exécuté.

Pendant la journée du 10, du lever du soleil à 16 heures 30, trois ravitaillements en munitions de 8 mm et en grenades ont été faits au parc d’Artillerie.

Destructions réalisées :

A 5h30, je donne l'ordre de détruire les postes de TSF se trouvant dans la zone dangereuse. A savoir : émetteur 115 watts déjà inutilisable, ER 10 watts; archives ; plan de réseau, ordres de transmission.

A 6h15, mise hors d'état au magasin des appareils et armes pouvant être utilisées par l'ennemi. Emport des tubes de 81 mm et de 2 caisses de munition de 81 mm.

A 14h00, destruction du matériel roulant dans le garage : 4 camionnettes, 1 chenillette. Destruction des bobines, des radiateurs.

A 15h30, enfouissement des tubes de 81 mm, dispersion des munitions.


De l'ensemble de l'opération, vu d'un Commandant de Compagnie, il ressort que les Européens se sont battus avec héroïsme et courage, que quelques Indochinois se sont conduits de même, mais que la grande majorité de ces derniers a été passive.

Le combat a duré 20 heures sans interruption. La défense aurait pu être plus efficace si la majorité des cadres s'était trouvée près de leur troupe.

Il sera remarqué que le pourcentage de 50% de mise hors de combat à l'unité n'est atteint que par la compagnie de FV de piquet.


Liste du personnel de l'Unité tué et blessé au cours de l'action japonaise
du 9 mars soir et journée du 10 


Tués :   
Adjudant SUPERBIET Soldat ADAMSKI
Soldat DEPOIX Tirailleur Mle 42.836
Blessés :
Lieutenant PONS Soldat CHIEU
Adjudant-chef LAUER Soldat BRILL
Sergent RAUDIN Soldat SURDIN
Sergent HELLEMONT Soldat VRIZET
Sergent PHILIPPE Tirailleur LAME Maliek
Sergent BAGNI (blessé léger) Tirailleur Mle 9.511
Sergent AUBRY (blessé léger) Tirailleur Mle 14.233
Sergent PHOI Tirailleur Mle 14.479
Caporal-chef MILLET Caporal Mle 13.858
Soldat BECKER Soldat LEGOFF (blessé léger)



Propositions de récompense

A titre posthume :
Adjudant SUPERBIET Sous-officier d’une bravoure et d’un courage magnifique. Ayant reçu une mission de sacrifice, a été tué sur place au cours de sa mission.
Soldat ADAMSKI Soldat d’élite d’un grand sang froid. Envoyé en renfort à une brèche faite à la muraille par l’ennemi, a été tué sur place en remplissant son devoir.
Soldat DEPOIX Très beau soldat. Estafette. Employé toute la nuit à la défense du mur de la citadelle, a été tué au cours d’une mission de transmission d’ordres que lui avait donnés son Commandant de compagnie.
Tirailleur Mle 42.836 Servant à la SM. Employé à la défense de la porte Est. Tirailleur d’un loyalisme absolu. D’un grand courage, d’un calme exemplaire. Ayant une mission sacrifice, a été tué à son poste.
A titre normal :
Adjudant-chef LAUER Adjudant-chef de Bataillon. Désigné par son Commandant de compagnie comme chef de section de FV avec le personnel de commandement de l’Unité. A été grièvement blessé à l’épaule au cours de sa mission de défense d’une partie de mur de la citadelle.
Lieutenant PONS Jeune officier qui a fait preuve de courage et de sang froid au cours de nombreuses actions offensives qui furent menées dans la journée du 10 mars. Fut blessé au cours de l’une d’elles
Sergent BOURGOGNE Jeune sous-officier, énergique, plein d’allant, de courage et d’initiative. De sa propre autorité a monté une action offensive qui l’a mené au corps à corps avec l’assaillant. A pu déloger par sa furia l’ennemi qui avait occupé un bâtiment (mess des sous-officiers).
Sergent HELLEMONT Jeune sous-officier. D’un grand sang froid et d’un calme absolu. A été grièvement blessé en remplissant sa mission au mur de la Citadelle.
Sergent RAUDIN Chef de garde du Poste de Police, a fait preuve de sang froid et de la plus grande activité en distribuant dans les moindres délais les grenades entreposées au Poste de Police. A d’autre part disposé son personnel pour la défense de la porte Est sans perdre une minute. A participé lui-même courageusement au combat et a été blessé à son poste.
Sergent PHILIPPE Chef du canon de 25. A participé l’arme à la main à la défense de la porte Est après destruction du canon de 25. A été blessé à son poste.
Sergent BAGNY Chef du groupe de 81 mm. A participé à la défense au créneau du mur de la citadelle. A été blessé à son poste.
Sergent PHOI Sergent indochinois d’un loyalisme absolu. A aidé au rassemblement des Indochinois dispersés et a pris place au créneau. A été blessé à son poste.
Soldat BECKER Servant à la SM. Employé comme voltigeur à la porte Est. Par deux fois blessé, après pansement est revenu combattre. Soldat plein de bravoure et de sang froid.
Soldat CHIEU Agent de transmission à la section de commandement. Employé à la défense au créneau, s’est fait remarquer par son courage calme. A été blessé au cours de l’action.
Soldat BRILL Servant du canon de 25 mm. Après destruction de la pièce a continué de se battre au créneau. A été blessé au cours de l’action.
Caporal-chef MILLET Gradé plein de courage et d’une bravoure exemplaire. A participé à la défense au créneau de la porte Est de la citadelle. A participé au corps à corps d’une action offensive qui a réussi (mess des sous-officiers). Bel exemple de courage.
Tirailleurs Mle 9.611, 14.233, 14.479 ; caporal 13.858 D’un loyalisme absolu. Au milieu des soldats français, a combattu avec courage et calme, a été blessé à son poste.
Sergent HURPY Sur ordre du Commandant de compagnie a pénétré dans le magasin de l’unité, alors que le bâtiment était occupé par les Japonais, pour détruire le matériel optique, télémètres utilisables par l’ennemi.
Sergent LEGOFF Soldat d’un grand courage et d’un calme parfait. A participé à la défense au créneau et aux actions défensives. Est arrivé au corps à corps et a délogé l’ennemi occupant un local (mess des sous-officiers).
Soldat BRANCQUART Tireur au FM (chenillette). A participé à la défense au créneau et aux actions défensives. A utilisé au maximum son FM jusqu’à épuisement complet des munitions. S’est battu ensuite au premier rang à l’arme individuelle causant des pertes sévères à l’ennemi.
Soldat MADEC Garde magasin. Ayant reçu l’ordre de ne quitter son poste que sur ordre du Commandant de compagnie, est resté pendant une heure dans le magasin, alors que l’ennemi se trouvait dans le bâtiment. N’est sorti que sur ordre du Commandant de compagnie en détruisant dans le magasin les matériels utilisables par l’ennemi.
Soldat FIEVET Envoyé comme agent de transmission par le Commandant de compagnie à l’Adjudant-chef LAUER, s’est rencontré au corps à corps avec les Japonais. A été blessé par coup de baïonnette au cou.
Soldat SURDIN et
Soldat VRIZET
Servant de mitrailleuse. A participé à la défense au créneau dans une zone particulièrement exposée, sous un bombardement incessant (abords du Poste de Police). A rempli avec calme et courage sa mission. A été blessé à son poste.
Sergent-chef MORAND Sergent-chef des équipages. A pris le commandement de deux groupes de combat et a assuré l’intégrité de la portion de mur qui lui incombait. A su être un bel exemple de calme et de sang froid. A été blessé au cours de l’action.
Soldat LAME Maliek Estafette à la section de commandement. Se trouvant en ville au moment de l’alerte, a pu par prodige rejoindre le 1er RTT. A été blessé par balle, alors qu’il arrivait au  but. Bel exemple de courage.
Tirailleur Mle 14.228,
1ère classe
Chargeur au FM 29. S’est battu avec courage et n’a jamais quitté son tireur. Loyalisme certain. Bel exemple de dévouement et de sang froid.


Situation particulière du Commandant de Cie au moment de l’alerte

Est chez lui Pavillon des Officiers Boulevard Gallieni prenant son repas du soir. Entendu fusillade, puis coups de canon. Saute la balustrade reliant le pavillon au 1er RTT. Fusillade partout.

Se dirige vers la porte d’accès entre 1er RTT et Sous-Dirartie. Dans cour Sous-Dirartie rencontre le général MORDANT. Accompagne le général. Débouche par grille Sous-Dirartie sur allée Citadelle. Porte Est. Porte Sud. Le général MORDANT recommande la discipline de feu. Ordre transmis au chef de poste porte Sud. Demande au général de rejoindre son unité et transmettre ordre à porte Est. Le général entre dans le bâtiment du GAT. Il rejoint son unité. Cinq minutes après le général MASSIMI est à la porte Est, je lui rends compte que le général MORDANT est à l’intérieur de la Citadelle. Il est approximativement 21h00 et 21h15.



Rapport du
Cdt JACOBI
Rapport de
l'ADC MAILLOT