L'INDOCHINE ET LE COUP DE FORCE JAPONAIS DU 9 MARS 1945


LA PAGE DE JEAN-PIERRE JAILLON

Ce n'est qu'à l'âge de 50 ans, après 30 années de recherches généalogiques, que M. Jean-Pierre JAILLON a pu reconstituer une partie de ses origines : aussi surprenant que cela puisse paraître, il ne connaissait absolument rien de celles-ci au delà de ses parents : son père, ruiné, est décédé après son retour en France, et sa mère, remariée, ne lui avait jamais rien raconté. Il nous confie ci-dessous les principaux résultats de ses recherches.


Quant à l'histoire de nos familles en Indochine et ailleurs, il me faudrait un véritable talent d'écrivain pour la conter simplement. Ma mère née à Saïgon, fille de F. -H. SCHNEIDER le créateur de l'Imprimerie de l'Extrême Orient (I.D.E.O.), imprimeur, éditeur à Hanoï, et de Henrilia CHAVIGNY de LACHEVROTIÈRE, une famille venue à la création de l'Indochine française de la Martinique, et de la Nouvelle France en Québec où elle était arrivée en 1640, créant la ville de La Chevrotière (maintenant Deschambault). Ils étaient essentiellement des pilotes de la rivière Saint-Laurent, puis des navigateurs ; et puis l'un d'entre eux a été appelé pour aider à ouvrir la rivière de Saïgon à la navigation.

Mon père, Alsacien-Lorrain, né en France, s'est lancé dans l'aventure en devenant planteur de café à Chochu, à quelque distance de Thai-N'Guyên, complètement isolé en plein sanctuaire vietminh ; on l'a laissé faire pousser les caféiers, puis on l'a admis à repartir avec la vie sauve (on n'avait pas laissé cette chance à d'autres d'autres planteurs). Il avait eu une bonne idée : il paraît que le Vietnam serait le premier producteur mondial de café.

Une arrière grand-mère est vietnamienne, nous avons eu des cousins vietminh, c'est certain, nous avons été tour à tour attaqués et/ou sauvés par les mêmes ou les uns par les autres, qu'ils soient vietminh, Binh Xuyen, Américains, (y compris par des ex-SS de la Légion), Khmers Issaraks, Japonais, etc. Dans nos familles, nous avions tous des sensibilités différentes, allant du conservatisme étriqué comme celui mon grand-oncle Henry CHAVIGNY de LACHEVROTIÈRE, directeur de journal - assassiné dit-on par le Vietminh - celui qui a viré MALRAUX de l'Indochine, et à l'ouverture « aux Lumières » d'un F.-H. SCHNEIDER, qui a créé le premier journal en caractères, imprimé les cartes de l'Indochine [1], bravant le pacte colonial en installant des presses ultra-perfectionnées à Hanoï, imprimant la revue de l'Ecole Française de l'Extrême Orient (E.F.E.O.), ou encore peut-être d'un William BAZÉ, grand résistant à l'occupation japonaise ; nous avons aussi eu nos morts.

Nous portions tous en nous de grandes différences d'opinions entre les « Métros », les « Indigènes », les « Antillais », les métis, les quarterons, les octavons, les « gaullistes », les « vichystes » pourtant, nous avons vécu ensemble toutes ces confusions en étant constructifs, sans quoi cela aurait pu être encore bien pire...



Nota :

[1] Concernant l'œuvre de F.-H. SCHNEIDER, voir également la thèse de Mme Emmanuelle AFFIDI : « Vulgarisation du savoir et colonisation des esprits par la presse et le livre en Indochine française et dans les Indes néerlandaises (1908-1936) » - http://moussons.revues.org/1078.


Le 28 août 1946, Jean-Pierre JAILLON et sa mère embarque à bord de l'Ile de France avec 150 kg de bagage à destination de Toulon. [Ils font donc le voyage en même temps que la famille MILLOUR ; cf. le récit de ce voyage.] :

Le paquebot n'avait plus ses peintures de guerre, il avait été repeint en noir, mais avait conservé tous ses aménagements de transport de troupes : nous étions entassés à vingt femmes et enfants (dix lits à étage) dans une cabine de première classe.

Ci-dessous copies de nos Cartes de rapatriés, délivrées à titre provisoires d'identité, par le Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, il s'agissait pour l'essentiel de rapatrier d'urgence des femmes et des enfants bloqués Indochine depuis la guerre (et de régler la paperasserie après).

Les titres provisoires d'identité décrivent bien la situation paradoxale des Français d'Indochine à l'époque : nous avions bien été prisonniers des Japonais, et nous devions être assimilés à un statut. On a choisi celui des déportés ou des prisonniers de retour d'Allemagne, ma date « d'arrivée en Allemagne » : 14 septembre 1936, étant antérieure à la guerre et à celle de ma naissance, le 30 juillet 1938 à Hanoï. J'avais donc 7 ans, j'étais « Célibataire » et « Étudiant ».