Maquis indochinois
avec Marcel NER
1948 / 1951
3ème et 4ème BMEO

A LA DGER : «  MICHEL MOREAU »

Préambule : de manière à simplifier la lecture de ce texte, les parties plus spécifiquement consacrées à mon oncle, le sergent Maurice MILLOUR, et aux autres parachutistes de la mission Kay 1, sont présentées sur un fond plus clair.

A leur arrivée à Calcutta le 15 mai 1945, les jeunes du Tam Dao sont réceptionnés par une délégation de militaires anglais, puis par la Mission Militaire Française et le Consul de France. Ils sont logés à l'hôtel Majestic. Les autorités leur proposent de rentrer en France afin de continuer leurs études. Seul Gilbert FAYET accepte de partir, la majorité d'entre eux refuse et s'engage à la DGER. Jean CHATEAU et Pierre MICHELOT, ayant été jugés trop jeunes pour s'engager, rejoindront le lycée de Pondichéry pour préparer leur bac. Camille MAYAUX, de nationalité belge, sera remis à son ambassade de Tchung-King avant de rejoindre la Belgique.

En attendant leurs stages de formation, les sept nouveaux engagés, à savoir Paul et Pierre CASALTA, MILLOUR, PIERRINI, RAUX et RIVIERE, sont affectés dans différents services. Afin de ne pas compromettre leurs parents restés en Indochine, ils prennent des pseudonymes : Paul CASALTA prend le nom d'ARGIUSTA (du nom de son village en Corse), Michel RAUX celui de Raoul MORANGE (MORANGE, comme le personnage de l'Atlantide de Pierre BENOIT, et Raoul pour conserver les initiales « MR » de son nom), Dominique PIERRINI devient Pierre DARCOURT, pseudonyme sous lequel il signera en tant que journaliste plusieurs articles et ouvrages, notamment consacrés à la guerre d'Indochine. Quant à Maurice, il prend le nom de Michel MOREAU (ce qui lui permet également de conserver les initiales « MM » de son nom).

Du 13 au 18 juillet ils effectuent un stage de parachutisme dans l'armée britannique, sur la base aérienne de Jessore, à quelques kilomètres au nord de Calcutta. Ils enchaînent du 19 août au 13 septembre par un stage de commando de jungle à Hazaribagh, à 300 miles au nord-ouest de Calcutta. A l'issue de ces formations, qui font fonction de peloton d'élèves sous-officiers, ils sont nommés sergent. Entre les deux stages ils ont fait un court séjour en Chine pour régularisation administrative (départ le 20 juillet de Calcutta).

Le 6 octobre 1945, Maurice, ainsi que Paul et Pierre CASALTA, Michel RAUX et Francis RIVIERE, sont désignés pour faire partie du commando K1 (« Kay One »). Le commando K1, constitué d'une soixantaine de parachutistes de la DGER aux ordres du chef de bataillon GOURVEST (alias OMONT) [1], est aérotransporté en deux détachements depuis Jessore jusqu'à Paksé au Moyen-Laos.



Stage de parachutisme à Jessore


En attente du transport vers le Laos
 

L'aérodrome de Paksé avait été préalablement sécurisé par les partisans, ce qui permit d'éviter le parachutage. (René BROCHARD, qui était resté en Chine, rejoindra lui aussi le Laos).
 

Les cinq du Tam Dao qui firent partie du commando K1. Au premier rang de gauche à droite : Francis RIVIÈRE, Michel RAUX et Pierre CASALTA ; au second rang : Maurice MILLOUR et Paul CASALTA.

(photo prise à Calcutta en septembre 1945, communiquée par M. Michel RAUX)


Le premier détachement, nom de code Kay 1(A), aux ordres du commandant GOURVEST secondé par le commandant FOURNIER, décolle de Jessore le 10 octobre à 05h20 avec à son bord 20 commandos. L'appareil est le Dakota n°353 des Forces Françaises piloté par le sous-lieutenant MILAN (depuis début septembre, six Dakotas français ont progressivement remplacé les Liberators britanniques au dessus de l'Indochine). Après une escale à Mingaladon, près de Rangoon en Birmanie, puis à Bangkok, le Dakota atterrit à Paksé le 11 octobre à 08h40. Il semble que le groupe de combat commandé par le capitaine Léopold-Henry AYROLLES (alias SERRES) [2] fasse partie de ce détachement. Outre le capitaine AYROLLES, ce groupe de combat est constitué du lieutenant Henri HINGER, des sous-lieutenants Jacques MÉNARD, Robert CHALVET, Édouard LE NICARDOUR, de l'aspirant Jacques ANGEVIN, des sergents-chefs Nicolas BERBLINGER et Émile FÈVE (radio). Le second détachement, sous les ordres du chef d'escadron Jean VAUCHERET secondé par le commandant COULON, est constitué de deux appareils, noms de code Kay 1(B) et Kay 1(C) : il s'agit respectivement des Dakotas n°353, piloté une nouvelle fois par le sous-lieutenant MILAN, et n°355 piloté par (grade inconnu) MAURI. Les commandos de ce deuxième détachement sont au nombre de 37 au total : 18 dans le premier appareil et 19 dans le second ; les cinq du Tam Dao se retrouvent dans le même avion. Les deux Dakotas décollent de Jessore le 16 octobre entre 04h10 et 04h15. Contrairement au vol Kay 1(A), ils ne font pas escale à Bangkok, mais rejoignent directement Paksé après leur escale de Mingaladon. Ils y atterrissent le 16 octobre vers 14h30. Michel RAUX (alias Raoul MORANGE) se souvient qu'au décollage de Jessore, leur avion étant déjà bien fatigué par de nombreuses missions, le pilote avait du s'y reprendre à deux fois pour le faire décoller compte tenu de son important chargement.

Parmi les hommes du commandant GOURVEST se trouvent également le lieutenant Paul MOURIER, le lieutenant CALVEZ et le sergent GIUDICELLI, ainsi que, probablement, les capitaines COMTE et RAINCOURT, tous deux chefs de groupe, le lieutenant Théodore DOARÉ, (alias THÉO)  [3] et le frère du sous-lieutenant MÉNARD précédemment mentionné, lui aussi sous-lieutenant.

Le général MOURIER se souvient de son équipement spécifiquement adapté à la guerre de brousse [cf. le livre « Une carrière - Une vie sous le sceau de la Baraka » de J-J. DENIZOT] : chapeau de feutre australien « zoulou », treillis très léger conçus par les Anglais pour la Birmanie, chaussures du genre Pataugas, carabine américaine M1 avec cinquante cartouches, coupe-coupe « Gurkha », moustiquaires, toiles de tente et couvertures ultra légères, petite pharmacie comportant de la « mépacrine » pour le paludisme et des « water sterilising tablets », et pour finir le quart-bidon à tout faire de l'armée britannique. Michel RAUX et Paul CASALTA sont tous les deux armés d'un fusil-mitrailleur Bren. Maurice, armé d'une Sten, est chargé de porter les munitions de Michel RAUX.

Quelques jours plus tard, une autre mission DGER d'une soixantaine de commandos (K2 - « Kay Two ») est parachutée près de Lakhon en territoire siamois, en face de Thakhek : deux rotations d'avion le 20 octobre (respectivement 17 personnes sous les ordres du capitaine ROUGET de CONIGLIANO et 15 personnes sous les ordres du lieutenant de MORRIS), une troisième le 23 octobre (environ 25 personnes).

La mission de ces commandos consiste, en renforcement des guérillas franco-laotiennes précédemment installées et sous la responsabilité du commandant LEGRAND [4], au recrutement et à la formation de « Chasseurs Laotiens », groupes armés qui ont pour but de lutter contre les indépendantistes Viêt-Minhs ou Lao Issala ; ces derniers, avec la bénédiction des Chinois et Américains, voulant empêcher la réimplantation des Français au Laos.

Le commandant LEGRAND fait abstraction des grades et met GOURVEST et ses 60 parachutistes à la disposition du lieutenant QUINQUENEL [5], installé à Keng Kok, sur la route 11 à 47 km à l'est de Savannakhet. Le détachement de GOURVEST y parvient le 13 octobre ; celui du commandant VAUCHERET rejoindra le 19. L'effectif total du groupement QUINQUENEL est alors de 400 hommes, Français et Laotiens.

Les parachutistes ayant atterri près de Thakhek sont quant à eux mis à la disposition du lieutenant Ferdinand TAVERNIER [6].

Fin octobre, quand GOURVEST et QUINQUENEL arrivent à proximité de Savannakhet pour en prendre le contrôle, celle-ci est occupée par la 2ème division d'honneur chinoise. Les Chinois signifient aux Français qu'ils doivent quitter immédiatement la zone au nord du 16ème parallèle officiellement sous autorité chinoise. Grâce à la négociation du commandant FOURNIER, un compromis est trouvé le 31 octobre : les Chinois contrôleront les villes (Savannakhet et Thakhek), sous administration laotienne, et les Français les campagnes et les routes.

Le commandant LEGRAND, comprenant alors que la présence des troupes chinoises interdit de prendre le contrôle de Savannakhet et de Thakhek, décide d'une part, de poursuivre le blocus des deux villes afin d'y enkyster les révolutionnaires lao-vietnamiens, et d'autre part, de s'assurer du contrôle de la frontière avec l'Annam afin de rester maître du Moyen-Laos. Pour réaliser ce dernier objectif, par petits groupes successifs, les 60 parachutistes de la DGER sous les ordres du commandant GOURVEST, renforcés par le groupe du lieutenant GERMAIN [7], marchent vers le poste de Muong Phine (au carrefour de la RC 9 et de la RC 23) occupé par 200 Viêt-Minhs afin d'interdire à la fois les directions de Savannakhet et de Saravanne. Au cours de cette approche, le 2 novembre, le lieutenant Antoine BUDYNEK de la DGER est tué. Le 13 novembre, GOURVEST et GERMAIN décident, au lieu d'attaquer les rebelles, d'intercepter leurs communications avec l'Annam en les menaçant au nord sur la RC 9 (GERMAIN) et au sud sur la route en direction de la Se Bang Hien (GOURVEST). La manœuvre réussit et 80 rebelles tombent en se repliant sur un barrage établi sur la RC 9 par le capitaine RICHONNET. Au cours de cet engagement le lieutenant Louis COTTER est tué.

Entre temps, le commandant LEGRAND a envoyé à GOURVEST par la RC 23 un commando franco-laotien nouvellement formé avec le renfort européen du capitaine TROJET [8]. Le 23 novembre, cette unité vient occuper le village laotien de Muong Phine (à 2 km au sud du centre administratif), tandis que les autres unités restaient sur leurs positions extérieures. GOURVEST reçoit alors l'ordre de LEGRAND d'attaquer avec l'ensemble de ses forces le village de Tchépone (sur la RC 9 à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Muong Phine), déjà occupé par l'ennemi. Le 27 novembre, les commandants GOURVEST et FOURNIER sont rappelés à Saigon ; le chef d'escadron VAUCHERET succède à GOURVEST à la tête des parachutistes de la DGER.

Un débordement par le nord-ouest de Tchépone est tenté par le groupe emmené par VAUCHERET, lequel tombe le 1er décembre, près de Ban Na Bo, dans une embuscade qui coute la vie à trois Français du groupe AYROLLES : les sous-lieutenants MÉNARD, CHALVET et le sergent-chef BERBLINGER ; et fait deux blessés : le lieutenant HINGER et l'ordonnance du lieutenant COMTE. Au cours de ces combats, Maurice accompagné de Michel RAUX se bat aux côtés du capitaine AYROLLES [cf. le livre « L'Indochine ne répond plus » de Léopold Henri AYROLLES : « ... les jeunes étudiants MORANGE et MOREAU que le clash japonais a transformé en guerriers »]. Le lendemain – 2 décembre – vers 5 heures du matin, le village de Ban Keng Kham dans lequel le groupe AYROLLES s'est abrité est attaqué à son tour par les Viêt-Minhs. Après deux heures de combat qui embrasent les paillotes du village, les Français parviennent à décrocher, Michel RAUX et Maurice étant laissés en arrière-garde à la sortie du village. Lorsque les Viêt-Minhs prennent possession du village, après une dernière salve de FM, ils parviennent à leur tour à décrocher ; ils mettront plus d'un jour pour rattraper à travers la brousse les autres membres du commando.

Lorsqu'ils apprennent l'attaque subie par leur ancien commando, les commandants GOURVEST et FOURNIER, qui sont encore à Muong Phine, n'hésitent pas : ils prennent le commandement de deux groupes du commando TROJET et se précipitent à leur secours. Ils parviendront à recueillir à Ban Kinine les survivants exténués.

Le 5 décembre : repli général sur Muong Phine. Les parachutistes de la DGER, peu faits pour le combat en unités constituées, mal préparés à supporter la vie en brousse, n'ont plus que 35 hommes valides au moral ébranlé. Parmi les commandos de la DGER tués au cours de ces deux mois de combats se trouve le sergent GIUDICELLI, lequel avait participé au même stage de parachutisme que Maurice et ses camarades à Calcutta en juillet.

Le 8 décembre, Maurice écrit une lettre à ses parents dans laquelle il indique qu'il fait partie d'un groupe de neuf français commandé par le capitaine SERRES (AYROLLES), dont il apprécie particulièrement les qualités de chef. Il mentionne également la prise de Muong Phine fin novembre et les combats autour de Tchépone ; mais afin de ne pas inquiéter ses parents, s'il indique que ces derniers ont causé « quelques pertes » et qu'ils sont en attente de parachutage, tout leur matériel ayant été perdu, il précise néanmoins que « le moral reste bon ».

Le 19 décembre, le commandant LEGRAND décide d'abandonner Muong Phine et de replier sur Lakhanam (basse Se Bang Hien) les éléments de la DGER et de GERMAIN, fusionnés sous les ordres de RICHONNET qui remplace le commandant VAUCHERET, blessé accidentellement.

Au début du mois de novembre 1945, les guérillas franco-laotiennes ont été transformées en unités régulières : elles ont été remises par la DGER sous l'autorité directe du général LECLERC sous le nom de Forces du Laos. Les hommes du capitaine RICHONNET deviennent le 1er Commando Laotien, avec comme première mission la couverture de Paksé. Malade et éprouvé par la mort de ses compagnons, le capitaine AYROLLES, à qui le commandement du 1er Commando Laotien était proposé, le refusa.

Les Viêt-Minhs réoccupent Muong Phine le 21 décembre et poussent leur avantage sur la route 23. Le verrouillage de la frontière d'Annam sur la RC 9 a échoué et une brèche mal colmatée est ouverte.



Nota :

[1] Commandant OMONT : il s'agit de François GOURVEST, né au Conquet le 8 décembre 1905. Après sa sortie de Saint-Cyr, il est affecté à des missions de renseignement en Chine (1928-1930). En 1937, il se retrouve de nouveau en Chine : Nankin et Shangai. Pendant la guerre il rejoint les FFL à Brazzaville (date de ralliement officielle : 1er novembre 1942). Il reçoit alors l'ordre de retourner en Chine en tant que responsable du BCRA auprès de TCHANG KAI CHECK à Tchoung King. A la libération, il a 39 ans et est le plus jeune commandant de l’armée française en vie. Après une permission d'une semaine il est envoyé au Laos avec mission d’y organiser la résistance anti-communiste. Son pseudonyme vient probablement du nom de la commune d'Omont dans le département de la Manche où il passa une partie de son enfance. Son armement personnel au Laos était une carabine USM1 et un pistolet Savage 7,65 mm. Au cours de sa carrière (pendant son affectation au BCRA à Tchoung King ?) François GOURVEST participa à de nombreux coups de mains, souvent déguisés lui et ses hommes en trafiquants chinois à bord de jonques. Il se rendit également à plusieurs reprises au Laos et au Cambodge et entretint d'excellentes relations avec le Prince NORODOM Sihanouk.

[2] Le groupe « Polaire » du capitaine AYROLLES fut le premier commando de la DGER à être parachuté au Laos, dans la Plaine des Jarres, dans la nuit du 22 décembre 1944. Le commandant AYROLLES restera en mission dans la brousse jusqu'en août 1945. A peine arrivé à Calcutta début septembre, il se porte volontaire pour une nouvelle mission au Laos. [Cf. le livre « L'Indochine ne répond plus » de L. H. AYROLLES].

[3] Chef d'un réseau de résistance breton, Théodore DOARÉ s'évade vers l'Angleterre en janvier 1944. Il sera par la suite affecté à la DGER et rejoindra Calcutta à l'été 1945. Le 6 octobre 1946, il est affecté à une mission au Laos ; il revient en France le 28 février 1946. Je n'ai pas de preuve permettant d'affirmer avec certitude que Théodore DOARÉ a bien participé à la mission K1, mais un faisceau d'éléments qui me semble suffisamment probant, le premier d'entre eux étant que le 6 octobre est effectivement la date officielle du début de la mission K1. En outre, dans son livre, le capitaine AYROLLES mentionne plusieurs fois un lieutenant THÉO, or « THÉO » était dans la résistance l'un des pseudonymes de Théodore DOARÉ. Dans ses mémoires, le général MOURIER indique également qu'un des membres du commando K1 est un ancien FFI. Enfin, la date du retour en France du 28 février correspond à la date d'arrivée à Toulon du Pasteur sur lequel le capitaine AYROLLES a également été rapatrié en France.

[4] Le commandant LEGRAND, de son vrai nom L’HELGOUACH (officier méhariste d'origine bretonne), est parachuté depuis Calcutta le 1er avril 1945 à la tête de la mission « Altaïr » composée de quatre hommes. Il va prendre sous son commandement la totalité des groupes de guérilla franco-laotiens installés au Sud Laos, soit, au début d'août 1945, 9 groupes de 10 à 24 hommes (dont 60% d'Européens) : groupes LEGRAND, TAVERNIER, GERMAIN, SIMÉON, QUINQUENEL, DUMONET, ALLARD, ROUBY, MONCLER.

[5] En mars 1945, QUINQUENEL, lieutenant à la compagnie laotienne du capitaine DUMONET implantée à Donghène [2/I/10ème RMIC, également appelée 2ème Compagnie de Chasseurs Laotiens], rejoint la guérilla anti-japonaise. Début octobre 1945 il est responsable du secteur de Savannakhet. Le sergent Albert DENOYER semble être alors l'un des adjoints du lieutenant QUINQUENEL, puisque l'une de ses citations – citation à l'ordre de du Corps d'Armée comportant l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile de vermeil – indique qu'il « a tenu la brousse du 10 mars au 15 août 45 avec la compagnie laotienne, adjoint au chef du sous-secteur de Savannakhet... ».

[6] Suite au coup de force japonais, la section de la 2/I/10ème RMIC du lieutenant TAVERNIER se réfugie dans la région de Mahaxay, sur les bords de la Sé Bang Fay. Début octobre 1945, le lieutenant TAVERNIER est responsable du secteur de Thakhek. Le 1er août 1948, alors qu'il commande le secteur de Nam Tha au Haut-Laos, le capitaine Ferdinand TAVERNIER est tué.

[7] Le lieutenant GERMAIN, qui commandait le poste de Tchépone début 1945 (rattaché au 10ème RMIC) est en brousse depuis mars 1945. Début octobre 1945 il est responsable du secteur de Tchépone.

[8] La 10ème compagnie du II/16ème RMIC du capitaine TROJET, bien que violemment attaquée par les Japonais dans la nuit du 9 mars 1945 dans ses casernements de Quang Ngaï (Sud Annam), parvient à se réfugier dans ses repaires de brousse. Le 12 juillet, les rescapés épuisés tombent aux mains des Japonais. Début octobre 1945, le capitaine TROJET, à la tête d'une petite troupe de 67 « anciens d'Indochine » libérés et réarmés à Saigon, est emmené par avion jusqu'à Paksé pour épauler le capitaine ALLARD dans la province de Saravanne.



LIBÉRATION DU LAOS - 1946

L'année 1945 s'achevant sur une implantation progressive des forces du Viêt-Minh et du Lao Issala sur l'ensemble du territoire laotien, l'état-major du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient décide pour le début janvier 1946 d'une opération d'envergure destinée à renforcer le parti francophile. Le 18 décembre, 1945 le lieutenant-colonel Jean BOUCHER de CRÈVECŒUR prend à Paksé le commandement des forces terrestres du Laos qu'il organise en deux groupes : l'un au Moyen et Sud Laos (Groupe I) et l'autre au Nord (Groupe II). Le Groupe I, qui inclut le 1er Commando Laotien et qui est fort de 400 Français et de 2 800 Laotiens, est confié au chef d'escadron VAUCHERET, lequel remplace le commandant LEGRAND à bout de forces. [Le commandant VAUCHERET sera tué le 21 mars 1946 lors de la prise de Thakhek. Pierre MICHELOT, l'un des élèves du Tam Dao, participera également à la prise de Thakhek au sein du Commando Léger n°2 du CLI - commando GUENNEBAUD].

La majorité des membres du 1er Commando Laotien ne put se ressaisir de leurs déboires de Muong Phine et demanda à être évacuée à Saigon : le capitaine AYROLLES y est le 18 janvier 1946, sur la route de la France... Maurice et Michel RAUX, ainsi que probablement d'autres membres du commando, y sont également renvoyés le 25 janvier ; Michel RAUX poursuit vers Hanoi pour y reprendre ses études... Paul CASALTA rejoint également Saigon après avoir été préalablement évacué sur l'hôpital de Paksé...

En trois mois, les membres du commando K1 auront parcouru à pieds plus de 700 km dans le Sud Laos, témoignant par-là d’une grande endurance physique.

Le parcours de Maurice entre fin janvier et avril 1946 n'est pas très clair : il semble que pendant cette période il soit resté affecté à Saigon, mais avec quelles fonctions ? C'est probablement durant cette période que M. Henri GHESQUIÈRE, qui lors de l'année scolaire 1937-1938 fréquentait avec Maurice les bancs du petit lycée de la rue d'Aiguillon à Brest et qui avait depuis rejoint l'Indochine, a croisé Maurice rue Catalinat à Saigon. Les souvenirs de M. GHESQUIÈRE ne sont pas très précis quant à la date de cette rencontre, mais fin décembre 1945 il est hospitalisé à Saigon pour une durée d'un mois au HEM 415 (Hôpital d'Évacuation Motorisé) et il rentre en France en mai 1946. Il ne pourrait donc avoir rencontré Maurice qu'entre fin-janvier et mi-avril 1946.

Le lieutenant MOURIER et quelques autres fidèles continuèrent cependant à faire partie du 1er Commando Laotien, qui est désormais sous les ordres du lieutenant GERMAIN, et dont l'effectif s'établit à dix-sept Européens cent vingt Laotiens.

Le 1er février, le 1er Commando Laotien participe à l'attaque de Donghène sur la RC 9. La veille au soir, lors de la mise en place du dispositif, la section du lieutenant MOURIER avait été violemment attaquée par quatre-vingt rebelles, l'adjudant Jean-Baptiste BLONDET et un chasseur laotien étant tués. Les combats vont durer toute la journée du 1er février et Donghène ne sera réellement sécurisée que dans la matinée du 2. Le lieutenant GERMAIN, qui a été blessé au cours de ces combats, doit laisser le commandement du 1er Commando Laotien au lieutenant MOURIER. 

Le 10 février, le 1er Commando Laotien appuyé par la 6ème Compagnie du 21ème RIC et un hydravion PBY Catalina prend la bourgade de Phalane. Le sergent laotien POSITHAT est tué au cours des combats. Le Commando Laotien stationne près d'un mois à Phalane, profitant de l'accueil des villageois.

Début mars, le lieutenant-colonel BOUCHER de CRÈVECŒUR réorganise son dispositif compte tenu des nouvelles forces dont il dispose. Au sein du Groupe I, trois groupements tactiques sont formés : le groupement du Mékong, le groupement Est, le groupement Sud ; le PC des forces du Laos est sur le terrain d'aviation Séno, à 35 km au nord-est de Savannakhet sur la RC 9. La mission du groupement Est (chef d'escadron DE CHAZELLE) est la prise de contrôle de la RC 9 jusqu'à Dongha avec en final l'occupation de Hué (mission Alpha), où les troupes françaises doivent relever les Chinois. Outre le 1er Commando Laotien, le groupement Est est constitué des 13ème, 16ème et 17ème compagnies laotiennes de Paksé et de Saravanne, du 1er escadron du 5ème régiment de Cuirassiers (vingt-cinq scouts cars), ainsi que du commando LACROIX (ou Commando Léger n°1 du CLI – Corps Léger d'Intervention), fort de 250 hommes.

Le 12 mars, le lieutenant-colonel BOUCHER de CRÈVECŒUR ordonne au capitaine DUMONET de s'emparer de Muong Phine avec le 1er Commando Laotien du lieutenant MOURIER, la Compagnie A du CLI (commando EYMERIAT) et la 13ème compagnie de chasseurs laotiens du capitaine ROUBY. Le détachement est transporté au matin du 14 mars depuis Phalane vers Muong Phine par un convoi de dix-neuf camions – un luxe pour les anciens de la DGER qui ont effectué depuis octobre près de 1200 km à pieds –, précédé de scouts cars. Vers 10h30, arrivés en vue de Muong Phine, ils quittent les véhicules et lancent l'attaque du village dans le quart d'heure qui suit. A 13 h00 tout est terminé : Muong Phine est passé sous contrôle des troupes franco-laotiennes.

La phase suivante de la progression de la colonne Alpha, qui consiste à traverser la Se Bang Hien puis à prendre la ville de Tchépone, est confiée par le lieutenant-colonel BOUCHER de CRÈVECŒUR au commandant LACROIX disposant, outre du Commando Léger n°1 du CLI, du 1er Commando Laotien et de la 13ème compagnie du capitaine ROUBY, d'un peloton de scouts cars, d'une section d'artillerie, de deux sections du génie et d'un soutien aérien constitué d'un Morane d'observation et de quatre Spitfires. Le 22 mars à 22h30, le commandant LACROIX met en route son détachement depuis Muong Phine. La progression vers Tchépone est relativement lente, de nombreux ponts ayant été coupés par l'ennemi. Les quatre commandos du CLI et le 1er Commando Laotien, chargés du passage de vive force de la Se Bang Hien, occupent leurs emplacements de départ au lever du jour. Après une préparation massive d'artillerie et avec le support des Spitfires, les commandos traversent la rivière et à 11h00 une tête de pont d'un kilomètre a été créée. L'attaque de Tchépone proprement dite est lancée par le commandant LACROIX à 14h30 ; à 16h30 les combats sont terminés, les défenseurs démoralisés ayant cessé de résister.

Tchépone tombé, la colonne Alpha poursuit sa progression vers l'Est et pénètre le 25 mars 1946 dans Lao Bao, dernier village avant la frontière de l'Annam que les troupes laotiennes ne sont pas autorisées à franchir.

Fin mars, les derniers personnels du service action de la DGER, dont le lieutenant MOURIER, reçoivent l'ordre de faire mouvement vers Savannakhet en vue de leur rapatriement.

Maurice ne semble pas avoir été concerné par l'ordre précédent, était-ce parce que celui-ci ne s'appliquait qu'aux seuls officiers de le DGER ? parce qu'il avait entre temps été affecté à Saigon ? ou parce qu'il ne venait pas de la Métropole ?... Toujours est-il que le 12 avril Maurice est détaché au terrain d'aviation de Séno comme dispatcher pour les missions aériennes. D'après mon père, compte tenu de problèmes aux oreilles, il aurait ensuite été réaffecté à terre. En juin, Maurice se réengage pour une durée de 3 ans.

Le 14 juillet 1946, sa famille le verra brièvement à Saigon pendant trois heures avant un nouveau retour vers le Laos (toujours détaché à la base aérienne de Séno). Le 16 octobre, après douze mois d'opérations au Laos, il est affecté à la base militaire de Saigon.

Le 13 décembre 1946, le Sergent Maurice MILLOUR embarque à Saigon sur le Sontay II pour être rapatrié vers la France. Dans un premier temps il est affecté au 15ème RTS, puis en mai 1947 il est muté au 3ème RIC (caserne de Clignancourt).



Maquis indochinois
avec Marcel NER
1948 / 1951
3ème et 4ème BMEO